« Après le plaisir de posséder des livres, il n'en est guère de plus doux que celui d'en parler. » Charles Nodier
"On devient bibliophile sur le champ de bataille, au feu des achats, au contact journalier des bibliophiles, des libraires et des livres."
Henri Beraldi, 1897.

frise2

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mardi 12 juin 2007

Il n'y a pas de Boaistuau au numéro que vous avez demandé

Ce sera demain le Boaistuau, le temps que vous vous remettiez de vos émotions.
Comme je le disais plus tôt, je suis en plein dilemme.

Finalement, est-ce que cette "accumulation" (je caricature) de livres a un sens?
Estimation rapide, j'ai 35 ans (bon.... ok, j'ai 36 ans), admettons qu'il me reste 45 ans à vivre (raisonnable?)... et que j'achète un livre par mois pendant toutes ces années : 45 ans x 12 mois = 540 livres vont venir garnir les rayonnages de mes bibliothèques.

Et c'est une hypothèse basse, il est plus souvent des mois où j'achète entre 3 et 10 livres que de mois où j'en achète un seul.
Si on part sur 3 par mois, on arrive à plus de 1500 livres. Et c'est là que je m'interroge.

Finalement, est-ce que cela ne serait pas plus pertinent de se dire une fois pour toutes : "Hugues, pas plus de 500 livres à la maison" (non, je ne cite pas mon épouse)... et de, jour après jour, année après année, "améliorer" ma collection, suivant ce thème que j'aborde souvent ici : on commence par du bouquin, et dans un monde idéal, on termine par des incunables.

D'ailleurs, cela a-t-il un sens d'avoir 1500 - 2000 livres, je veux dire en dehors du sentiment (satisfaisant?) d'accumulation?
Je ne sais pas, les regarde-t-on encore?

Alors que 300 - 500 livres bien choisis, choyés?

Qu'en pensez-vous? Dans quelle logique vous situez-vous?

H

35 commentaires:

Philippe a dit…

Effectivement, je me dis souvent que j'achète des livres à ne plus savoir qu'en faire, et surtout à ne plus trouver le temps de les lire. Je dois bien avoir encore un tiers de mes livres à lire, et je pense que pour les trois quarts d'entre eux, je n'arriverai pas à les lire... Parfois, ils restent donc sans avoir été ouverts ou presque. C'est tout de même triste. J'aimerais parfois pouvoir avoir autant de temps que je le désire pour tous les bouquiner tranquillement en détail.

Libraire heureux a dit…

Plus qu'un dilemne je dirais que c'est un choix de vie, une philosophie en petit, un état d'esprit pour le moins...

Pour ma part voilà ma position. J'ai commencé certainement comme beaucoup ici à chiner ça et là quelques bouquins poussiéreux et dépareillés dans les brocantes locales...

J'avais alors 18 ans (comme dirait notre chère disparue Dalida...)

Le temps passe, et si la curiosité est là, l'envie de toujours savoir plus, d'aller plus loin, d'approfondir... un jour j'ai acheté mon premier vrai livre ancien complet... sans doute cher ! trop cher peut-être, je ne me rappelle plus.

J'ai "appris" les cuirs, les éditeurs, les libraires, les papiers, les odeurs...

C'était trop tard ! Impossible de faire marche arrière.

J'avais un travail. Ni pauvre ni riche, plutôt très moyen mais dans un métier qui ne m'épanouissait pas.

Les années passent. Je dirais que cela faisait 5 ans que le monde des livres m'était devenu "plus que familier".

Et puis un jour on se dit : "et si je le faisais !"

Faire quoi ? Mais vivre avec, pour et par les livres anciens, rares, curieux, hétéroclites, savants, ludiques, pervers, scientiques, mais toujours nouveaux !

Alors je l'ai fais. J'ai jeté aux orties mon ancien métier. Et je peux dire que quitter la fonction publique n'est pas bien vu de tout le monde... même et surtout en famille...

J'ai ouvert ma petite librairie. Peu de stock pour démarrer. Des goûts bien affirmés pour des livres bien conditionnés et de belle allure, des auteurs et des textes choisis, sélectionnés, aimés, lus pour la plupart.

J'étais heureux !

Je suis toujours heureux !

Alors, tout ceci pour dire, que ma façon à moi a été de ne pas posséder les livres de ma bibliothèque que je n'aurais sans doute jamais pu voir grandir autant que je le souhaitais...

Ma bibliothèque c'est ma librairie. Et le soir, sur mes rayons, lorsque je saisis un livre au hasard (ou pas), je me dis souvent que c'est peut-être pour peu de temps que j'en suis le détenteur... alors il faut que je le lise, que je le touche, que je le sente...

et je suis rassuré.

Voilà ma vision des choses.

Amicalement,

Un libraire heureux !

Anonyme a dit…

Pourquoi achète-t-on des livres ? Pour les lire. Ou les posséder ? Comme toute addiction, la bibliophilie est une maladie douce.

Lorsque le vice de la possession vous possède, le livre perd un peu de son âme et devient simple objet de nos passions. Mais cela n'a rien de propre au livre. Et puis, quel bonheur que d'entasser des ouvrages jusqu'à les oublier - pour parcourir ses étagères, un beau jour, sifflotant d'un air faussement détaché tout en se demandant : tiens, tiens tiens... qu'est-ce que je vais pouvoir lire?
Et de fouiller ses rayons comme ceux d'une libraire !

Bien sûr, lorsque l'on n'a même plus le temps de farfouiller dans ses livres, de les sentir, d'en augmenter la véritable valeur en découvrant leur contenu... Là, il faut peut-être penser à, je ne sais pas, moi... Tout donner ? A des bloggers ? Et partir vivre nu dans la campagne baignée de rosée.

Allons, Hugues, ton cas est désespéré, certes. Mais on ne vit qu'une fois et puis ça pourrait être pire ! Pense qu'il y a des gens qui collectionnent... les boîtes de camembert ! Les BOI-TES DE CA-MEM-BERT !

En ce qui me concerne, la vérité est dans les livres. Pas dans leurs reliures, ni dans leurs armes. Mais quand même, on préfère la découvrir dans un bon vieux In-4° plein veau!
La beauté n'a, que je sache, jamais gâché l'intelligence d'une femme...

TE

Guillaume a dit…

Hugues,
voilà un blog bien intéressant, que je découvre tout juste, et dont je n'ai pas encore fait le tour.
Bravo et, je l'espère, à bientôt.

Guillaume

Hugues a dit…

Merci pour le compliment, Guillaume, vous êtes un nouveau venu... Soyez donc plus que bienvenu!

H

Hugues a dit…

Merci à Philippe, "libraire heureux" et TE pour ces commentaires, tous très très pertinents, je pense que je vais en faire la matière d'un nouveau message.

Merci!
H

Anonyme a dit…

Perso, quand je lis un livre qui me plait, j'aime conserver le livre.
Je suis étudiant, j'ai 1000 livres essentiellement modernes (hors livres de poches, Bob Morane...), donc 200 reliés, et 500 dans de belles éditions. Je collectionne aussi les autographes.
Ma famille a toujours eu beaucoup de livres, et je reprends le flambeau. Mon père en a encore 2500 environ. Mon grand-père en avait des milliers.

J'achète bien, et pas cher. Et je suis aussi sensible au contenant (reliure et papier) qu'au contenu.
Il suffit de fouiner partout pour trouver. Exemples:
-les Thibault, 7vol/10 en EO, grand papiers: 3€
-2 reliures de Thouvenin, chez un marchand: 15€
-des livres rarissimes, valant au moins 1000€ brochés: moins de 30€ pièce


J'ai certes dépensé tous mes sous d'étudiants dans les livres, mais je le fais pour 2 raisons:
-J'aime ça, je me fais plaisir tant que je peux le faire.
-J'investis: quand j'aurai besoin d'argent, je revendrai un peu à la fois.

Anonyme a dit…

Tous tant que vous êtes, qu'est ce que vous vous répondez quand vous vous posez la question de ce que deviendront vos livres après le passage des Parques (restons grecs) ?

C'est pas toujours agréable de se la poser cette question, hein ?


Carpe Diem
(concession aux latinistes...)

Anonyme a dit…

Dans ce cas je suis très...

biblique !

Après moi le déluge.

Blague à part il est ce me semble très difficile d'inculquer à ses proches (femme, enfants, parents, etc) l'amour des livres lorsque celui-ci ne vient pas naturellement.

Alors, plutôt que de forcer le destin... Laissons aux livres (rares ou pas) leur vie propre, nous n'en sommes que les heureux et éphémères détenteurs présumés. Combien d'autres avant nous les ont palpés, sentis, feuilletés ? Nous ne connaissons que ceux qui y ont laissé une marque. Le temps fait le reste.

Frère Malachie

Philippe a dit…

J'en ferai peut-être don à une bibliothèque... En espérant qu'ils sachent les conserver. Et en espérant aussi qu'ils ne soient pas dispersés n'importe où. Je sais que certaines bibliothèques gardent les volumes en fonds complets. Ce serait sûrement difficile pour mes livres d'être séparés! :)

Hugues a dit…

Si un miracle ne vient pas me sauver et qu'aucun de mes enfants ne s'intéresse donc aux livres.

Je les disperserai lors d'une vente aux enchères à laquelle j'assisterai personnellement... enchérissant sur mes propres livres avec panache si j'estime qu'ils valent plus que le prix offert!

(Et après, je me ferai hara-kiri).

Hugues

L'étudiant qui revient a dit…

Dans ma famille, la question se pose difficilement: aussi loin que nous soyons remontés dans la généalogie, c'est une famille de lettrés, et on vit avec les livres de père en fils (depuis le 16ème).

Sur le devenir de mes livres, je ne me pose pas la question encore.Quand j'aurai des enfants, la question se posera.

Anonyme a dit…

J'aime l'idée d'être sauvé de la mort rien que pour ne pas voir ses livres livrés à l'encan ou aux vicissitudes du temps...

Dieu, si tu existes, merci d'avance de penser au moins aux membres de ce blog...

Merci d'avance

In-croyant bibliophile

Anonyme a dit…

Culture Stoïcienne prolongée par les Pères de l'Eglise pour l'un, fusion narcissique avec la bibliothèque-portrait pour le second, inconstatable emphase théâtrale avec influence kabuki pour le troisième et renvoi de la question sine die pour le dernier...

Heureux de ne pas être seul à me débattre dans la métaphysique du pourquoi, pour qui.

Choquons nos verres, Messieurs, à la santé et prospérité de nos bibliothèques !

In vino veritas

troOn a dit…

bonjour,

je découvre ce blog à l'instant, et d'après tous les articles que je viens de consulter, il me semble passionnant.

J'aime lire et en quantité, en revanche je me moque éperdument de l'objet.

Et pour moi que les reliures des ouvrages de valeur soient en cuir (en peau d'animal mort donc) me dégoutent à un point, mais c'est un autre débat...

en tous cas ce blog est pour moi déjà une référence, je passais juste faire un petit coucou.

coucou donc

troOn

Hugues a dit…

Merci et bienvenu Troon!

H

Anonyme a dit…

Question à Philippe "qui achète bien", de la part d'un vieux bibliophile.

Comment estimez-vous la valeur de vos livres? Vous parlez de 1000, 5000 euros, mais comment arrivez à ces nombres?

Michel

Philippe a dit…

Ah non! Ce n'est pas moi qui achète bien! Il doit y avoir un deuxième étudiant sur le blog. Personnellement, comme je l'ai dit dans l'interview, mes livres sont de peu de valeur, classiques de la littérature, et livres de travail.
Je n'ai aucun livre qui valent, selon les estimations "addall" et autres abebooks, plus de 150€.
Je n'achète pas bien, j'achète ce qui me plaît au prix (très limité) auquel je peux l'acheter! :)

Anonyme a dit…

Toutes mes excuses... Je posais cette question à l'édtudiant qui nous parle de ses achats.

j'ai confondu parce que vous êtes vous aussi étudiant!

Mea culpa!

Michel

Wall l'étudiant a dit…

Bon, je suis l'autre étudiant. Je vais prendre Wall comme pseudo, ca permettra de ne pas confondre.

Comment j'estime la valeur de mes livres? Comme je fouine énormément chez les libraires (en magasin ou sur le net), que j'en connais pas mal, assez spécialisés, que je suis les ventes aux enchères et me procure au maximum les catalogues et les résultats de ventes, je dispose d'un ensemble de documentation assez complet pour savoir la valeur de mes livres. Je ne me base pas sur ebay, qui donne un peu tout et n'importe quoi parfois.

Par exemple, la caisse dont je parlais, ce sont des livres qui n'ont pas été vendus à la pièce et laissés en caisse par l'expert car ils n'étaient ni reliés ni illustrés et modernes, mais étaient de grandes EO sur papier japon.

Guillaume de Baskerville a dit…

Vous me donnerez le nom de l'expert qui laisse en manette un lot complet d'EO sur Japon de grands auteurs ! ça ne court plus les rues de nos jours ou la moindre M... est vendue à l'unité.

Mais tant mieux pour vous.

Amicalement,

Guillaume de Baskerville

Wall a dit…

L'expert en question est mauvais, mais tout expert ne peut pas tout connaître non plus.
Et puis, on ne donne pas les bonnes adresses :)
Le pire, c'est de se dire que les libraires présents lui ont fait confiance et n'ont pas regardé les caisses mais seulement la liste... Il faut préciser que la vente en question était assez exceptionnelle, surtout en province.

Anonyme a dit…

Imaginer que sa bibliothèque part à l'encan dans des caisses gauchies, tassées par un incompétent...laissées en "manette" (please, explain)

Sacrebleu, il faut rudement raidir son âme et relire les philosophes...

Movendo

Wall a dit…

petites précisions:

la caisse ne contenait certes pas que des choses exceptionnelles, mais au moins 6 livres d'exceptions qui font la valeur de la caisse.
La bibliothèque contenait surtout de l'ancien: coutumiers, livres aux armes royales diverses, EO de Voltaire, etc, et des oeuvres complètes d'auteurs plus récents bien reliées.

L'expert en livres dans cette salle l'est surtout en tant qu'ami de la salle. Il s'y connait très bien dans un autre domaine. C'est un tort pour la salle, mais pas pour nous.
En gros, il a sorti tous les anciens, tous les reliés et tous les illustrés modernes. Le reste, en caisse.

Il a aussi laissé passer un livre (et on s'en est apreçu trop tard) valant 20000€ (valeur sure, d'après 2 ventes récentes) pour presque rien dans une autre vente.

Anonyme a dit…

Sans parler du jour où dans cette salle ils ont vendu 3 manettes d'incunables pour 50 euros....

Anonyme a dit…

C'est Edmond About qui avait acheté 12 dessins originaux de Titien pour presque rien dans diverses salles. Toute cela ne date pas d'aujourd'hui! Les experts ne connaissent jamais suffisament, et quelquefois, des passionnés connaissent bien mieux qu'eux

Anonyme a dit…

Et à Clermont, je crois, dans un lot de gravures parti pour rien, une litho de Toulouse Lautrec.
C'est très récent...
Et le pire, c'est que le commissaire priseur le savait mais a oublié de l'enlever du lot...

Anonyme a dit…

C'est intéressant de parler argent, cela serait encore plus instructif avec des exemples concrets :
- quels étaient et dans quel état les incunables à 50 euros ?
- Quel est ce livre à 20.000 euros (que si je tombe dessus, je ne meurs pas idiot) ?
- Quelles sont ces EO sur Japon, de qui, dans quel état ?



Quousque tandem

Anonyme a dit…

Sans parler de la caisse d'incunables!

Ahhhh, les histoires de bibliophiles! Quasiment comme les chasseurs, les pêcheurs, etc!

Philippe a dit…

Je dois sûrement être un inculte (enfin, plus sûrement un "newbie"), mais qu'est-ce que c'est qu'une "caisse"??

Anonyme a dit…

Une caisse est une sorte de boite... :)

Philippe a dit…

Merci pour cette réponse! :) Mais à part ça?

Bertrand a dit…

ce sont littéralement des caisses ou plutôt des cartons remplis de livres non triés, non vérifiés, bref non collationnés, vendus donc en l'état, au petit bonheur ou au grand malheur de l'acheteur... De bonnes affaires à faire certes, de belles arnaques en vue également. Ce ne sont pas certains amateurs ou libraires peu scrupuleux qui me contrediront. Dans bon nombre de cas les livres (les bons de préférence) changent souvent mystérieusement de carton, pour se trouver juste au début de la vente (au moment où on ne peut plus vérifier de visu si le livre s'y trouve ou pas...), donc pour ce qui est des achats "au carton" il faut rester prudent et réaliste, même si les affaires existent, les experts et autres libraires assignés à une vente ne sont pas nés de la dernière pluie... Et même si l'on vous dit qu'on a trouvé un dessin original de Picasso ou un incunable complet en parfait état au fond d'une caisse... ayez toujours l'air sceptique et n'y croyez qu'à moitié... même si de belles découvertes peuvent se faire.

Par ailleurs il faut noter que depuis déjà quelques années les experts et les libraires qui organisent les ventes de livres exclusivement mettent de moins en moins de cartons de livres en fin ou en début de vente (tout au moins c'est ce que j'ai remarqué pour les ventes de province - d'ailleurs si quelqu'un pouvait nous parler des petites ventes de Drouot à ce sujet - je suis preneur).

Voilà,
en espérant avoir effleuré la question est inciter d'autres à compléter mes dires qui ne sont, bien évidemment, pas parole d'évangile (selon St Hugues évidemment ;-))

Amicalement, Bertrand

lexovien a dit…

Bonsoir!
J'ajoute ma contribution aux histoires de chasse miraculeuse avec une rarissime EO d'Alexis de Tocqueville (de la démocratie en amérique en 4 volumes 1835-1840) achetée dans une caisse en salle des ventes il y a 25 ans, et, beaucoup plus recemment, 2 feuilles d'un manuscrit du XV° siècle avec de belles miniatures enluminées modestement encadrées sous-verre posées sur le bord d'un trottoir (si, si...) dans une "foire à tout" et vendues 15 euros (les deux !) comme pages d'un missel ancien.
La chance peut parfoit sourir au bibliophile vigilant.

Wall a dit…

Pour ma part, ce sont des EO principalement de Huysmans sur japon que j'ai trouvées, dont une qu'un libraire à vendu en broché plus de 2400€ il y a de ans (16000Fr). (La mienne est maintenant très bien reliée)

Pour moi, la chance sourit à celui qui cherche beaucoup.

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